
Contrairement à l’idée reçue, le besoin de « voir des gens » n’est pas qu’une convention sociale, mais une exigence biologique fondamentale de notre cerveau, irremplaçable par le numérique.
- Le contact physique direct est indispensable pour réguler le cortisol (l’hormone du stress) et libérer de l’ocytocine (l’hormone du lien).
- L’absence d’interactions sociales riches accélère concrètement le vieillissement cérébral et augmente le risque de troubles neurodégénératifs.
Recommandation : Réintroduire consciemment des rituels de connexion physique dans son quotidien est l’étape essentielle pour préserver sa santé mentale dans un monde hyper-connecté.
Nous vivons un paradoxe fascinant. Jamais nous n’avons eu autant d’« amis » sur les réseaux, de « connexions » professionnelles et de moyens de communiquer instantanément. Pourtant, un sentiment de vide persiste pour beaucoup, une impression de solitude au milieu d’une foule numérique. Nous passons des heures sur Zoom, nous échangeons des centaines de messages, mais le sentiment de véritable connexion s’effrite. Face à cette saturation des écrans, la réponse courante est d’optimiser le virtuel : de meilleurs outils, des appels plus fréquents, des emojis plus expressifs.
Mais si cette approche passait à côté de l’essentiel ? Et si le problème n’était pas la quantité de nos interactions, mais leur nature même ? Le corps humain, et plus particulièrement notre cerveau, n’a pas évolué pour se satisfaire de pixels et de textes. Il est câblé pour la présence, le toucher, les signaux subtils d’un visage à quelques centimètres du nôtre. Le retour au tangible n’est pas une simple nostalgie d’un monde pré-digital ; c’est une nécessité biologique. Cet article explore les mécanismes profonds qui rendent les rencontres physiques non pas préférables, mais vitales pour notre équilibre mental.
Nous allons décoder ensemble pourquoi notre biologie réclame ces interactions incarnées et comment, concrètement, nous pouvons les réintroduire dans nos vies pour une santé mentale durable. Il ne s’agit pas de rejeter la technologie, mais de la remettre à sa juste place : un outil, et non un substitut à notre besoin fondamental de présence humaine.
Sommaire : L’importance vitale des rencontres réelles pour notre équilibre
- Pourquoi le toucher social est-il indispensable pour réduire le cortisol ?
- Comment organiser un week-end sans téléphone entre amis pour reconnecter vraiment ?
- Ce que Zoom ne vous montrera jamais : décoder les non-dits d’un visage en face-à-face
- L’erreur de préférer le texte parce qu’on a peur de bafouiller en vrai
- Comment imposer gentiment une règle « téléphones au panier » lors de vos dîners ?
- Pourquoi l’absence de rencontres sociales accélère-t-elle le vieillissement cérébral après 50 ans ?
- Pourquoi consulter l’appli une seule fois par jour augmente-t-il la qualité de vos échanges ?
- Pourquoi votre cerveau a besoin de 3 interactions sociales de qualité par semaine pour rester sain ?
Pourquoi le toucher social est-il indispensable pour réduire le cortisol ?
Le contact physique est le premier langage que nous apprenons et le dernier que nous oublions. Bien avant les mots, le toucher communique la sécurité, l’affection et l’appartenance. Dans notre monde aseptisé et numérisé, nous avons sous-estimé sa fonction biochimique essentielle. Le toucher social n’est pas un simple geste de politesse ; c’est un mécanisme puissant de régulation du stress. Lorsque nous avons un contact physique bienveillant, comme une poignée de main chaleureuse, une accolade ou même une main sur l’épaule, notre peau envoie des signaux directs à notre cerveau pour calmer la production de cortisol, l’hormone du stress.
Ce phénomène s’explique par la présence de récepteurs nerveux spécifiques dans notre épiderme, les fibres C-tactiles. Ces dernières ne transmettent pas d’informations sur la texture ou la température, mais sur la dimension émotionnelle du toucher. Des recherches ont montré que les fibres C-tactiles répondent optimalement à une vitesse de caresse lente, typique des interactions sociales affectueuses. En réponse, le cerveau libère de l’ocytocine, souvent surnommée « l’hormone du lien social » ou « de l’amour », qui a un effet anxiolytique direct et renforce le sentiment de confiance et de connexion.

Cette réaction est profondément ancrée dans notre biologie, comme le démontrent des études sur le règne animal. Un contact physique amical n’est donc pas un luxe, mais une nécessité biologique pour maintenir notre équilibre hormonal et émotionnel. Ignorer ce besoin, c’est se priver de l’un des plus puissants régulateurs de stress naturels dont nous disposons.
Étude sur l’ocytocine et le toucher
Une étude franco-allemande menée par le CNRS a permis de visualiser ce mécanisme chez les rats. En utilisant des techniques d’imagerie avancées, les chercheurs ont montré que lors d’un contact tactile, des neurones spécifiques produisant de l’ocytocine sont activés. Cette activation déclenche une cascade, excitant une population plus large de neurones à ocytocine, ce qui a pour effet direct de favoriser et de renforcer les interactions sociales entre les animaux. Cela illustre comment le toucher est un véritable déclencheur biochimique du comportement social.
Comment organiser un week-end sans téléphone entre amis pour reconnecter vraiment ?
L’idée d’un week-end entier sans téléphone peut sembler radicale, voire anxiogène pour certains. Pourtant, c’est l’une des expériences les plus efficaces pour restaurer la profondeur des liens humains. L’omniprésence du smartphone fragmente notre attention et nous maintient dans un état de « présence partielle ». Même posé face cachée sur la table, il représente une porte de sortie mentale, une distraction potentielle qui empêche une immersion totale dans l’instant présent. Organiser une parenthèse déconnectée n’est pas une punition, mais un cadeau que l’on s’offre collectivement : le luxe d’une attention pleine et entière.
Le succès d’une telle initiative repose sur la préparation et la création d’un cadre bienveillant et ludique. Il ne s’agit pas d’imposer une règle stricte, mais de proposer un pacte commun autour d’un objectif partagé : se retrouver vraiment. L’enjeu est de remplacer le réflexe numérique par des activités qui stimulent naturellement l’échange, la créativité et la complicité. Pensez à des jeux de société qui appellent au bluff ou à la discussion, à la préparation d’un repas complexe en équipe, ou à une simple balade en nature où le silence partagé est aussi riche que la conversation.
Les bienfaits d’une telle immersion sont rapides et tangibles. Des études montrent que les périodes régulières de déconnexion permettent non seulement de réduire la fatigue mentale, mais aussi d’améliorer significativement la qualité du sommeil et de diminuer l’anxiété. En se libérant de la pression des notifications, le cerveau peut enfin se synchroniser au rythme plus lent et plus riche des interactions humaines réelles. C’est dans ces moments que la magie de la co-présence opère, créant des souvenirs bien plus marquants qu’une story Instagram.
Pour structurer cette expérience, on peut s’inspirer d’une approche en trois temps qui facilite la transition :
- Phase 1 – Sas de Décompression : Mettre en place un rituel d’arrivée où chacun dépose volontairement son téléphone dans un « panier de déconnexion ». Ce geste symbolique peut être suivi d’un moment calme, comme quelques minutes de respiration, pour marquer la rupture avec l’agitation numérique.
- Phase 2 – Temps de la Reconnexion : C’est le cœur de l’expérience, rempli d’activités engageantes qui ne nécessitent aucun écran. L’objectif est de favoriser les interactions directes, le contact visuel et l’écoute active.
- Phase 3 – Rituel de Reconnexion : La fin du week-end doit être progressive. Avant de récupérer les appareils, un temps de partage sur les moments forts vécus permet d’ancrer les bénéfices de l’expérience et de réaliser la qualité du temps passé ensemble.
Ce que Zoom ne vous montrera jamais : décoder les non-dits d’un visage en face-à-face
Les plateformes de visioconférence nous ont sauvés pendant les périodes d’isolement forcé, mais elles nous ont aussi habitués à une version appauvrie de la communication humaine. Un appel Zoom, aussi performant soit-il, est une fenêtre bidimensionnelle sur une réalité tridimensionnelle. Il filtre, compresse et élimine une quantité phénoménale de « données » non verbales que notre cerveau est pourtant programmé pour capter et analyser en temps réel. Le face-à-face n’est pas simplement une version « haute définition » de la visio ; c’est une expérience sensorielle d’une tout autre nature.
Pensez aux micro-expressions, ces contractions faciales fugaces de moins d’une seconde qui trahissent une émotion brute avant que le contrôle social ne la masque. Pensez à la direction subtile d’un regard, à la tension dans une mâchoire, au léger rougissement d’une joue. Ces signaux, souvent imperceptibles à travers un écran pixélisé et un flux vidéo intermittent, sont des informations cruciales pour notre cerveau social. Ils nous permettent d’ajuster notre discours, de faire preuve d’empathie, de détecter l’ironie ou le malaise, et de construire une compréhension mutuelle bien plus profonde.
Au-delà du visage, il y a la proxémie, l’étude de la distance physique entre les gens. L’inclinaison d’un buste en avant pour marquer l’intérêt, le recul imperceptible face à une question dérangeante, la synchronisation involontaire des postures (l’effet caméléon)… Tout ce ballet corporel est absent des échanges virtuels. Nous sommes réduits à des bustes parlants, désincarnés, privés d’une immense partie du langage qui fait de nous des êtres humains. Cette perte d’information nous fatigue, car notre cerveau tente en vain de combler les blancs, cherchant des indices qui ne viendront jamais.
L’étude sur le « langage du toucher » dans le sport
Une étude de l’Université de Californie à Berkeley a analysé les équipes du championnat de basket-ball américain pour explorer le lien entre le contact physique et la performance collective. Les chercheurs ont découvert une corrélation directe : les équipes les plus performantes étaient celles dont les membres se touchaient le plus (tape dans le dos, « high five », etc.). Le contact physique déclencherait la production d’ocytocine, ce qui contribue à créer un sentiment de confiance et de cohésion, tout en réduisant le cortisol lié au stress de la compétition. Cet exemple montre que même dans un contexte de haute performance, le toucher est un ciment relationnel irremplaçable.
L’erreur de préférer le texte parce qu’on a peur de bafouiller en vrai
La communication textuelle offre un confort redoutable : celui de l’édition. Nous pouvons relire, corriger, effacer, reformuler jusqu’à obtenir le message parfait. Cette quête de la formulation idéale nous protège de l’imprévu, de l’hésitation, du bafouillement. Beaucoup de personnes, angoissées à l’idée de « mal dire » ou de paraître confuses, se réfugient derrière leurs claviers, préférant l’asepsie du texte à la spontanéité désordonnée de l’oral. C’est une erreur qui, à terme, affaiblit notre muscle social et nous éloigne de l’authenticité.
Le bafouillement, le mot qui nous échappe, le silence pour chercher ses idées ne sont pas des signes d’incompétence. Ce sont des marques d’humanité. Ils signalent que notre cerveau est en plein travail : il cherche, il connecte, il ressent. Une conversation parfaitement fluide et sans accroc peut être le signe d’un discours répété, mais une conversation avec ses imperfections est la preuve d’un échange vivant et authentique. Préférer le texte par peur de bafouiller, c’est choisir le contrôle au détriment de la connexion. C’est sacrifier la possibilité d’une véritable rencontre sur l’autel de l’image de soi.
Cette préférence pour le texte a des conséquences. Elle nous rend de moins en moins tolérants à l’imperfection, la nôtre comme celle des autres. Elle atrophie notre capacité à improviser, à rebondir, à gérer les petits malaises qui font le sel des vraies conversations. Se réhabituer à l’oral, c’est accepter de se montrer vulnérable, et c’est précisément dans cette vulnérabilité que le lien se tisse. Comme le souligne l’approche de certains psychologues modernes, l’important n’est pas d’être parfait, mais d’être présent et sincère.
Il veut rendre la psychologie accessible, humaine, concrète, débarrassée de son vernis universitaire ou mystifiant. Il parle simplement, avec ses mots, avec une sincérité désarmante. Et ça, ça fait du bien.
– Grégory Pouy, Podcast Vlan!, épisode avec Pierre Bordaberry (PsykoCouac)
Votre plan d’action : se réconcilier avec l’oral
- S’enregistrer : Commencez par vous envoyer des mémos vocaux à vous-même ou à des proches. L’objectif est de vous réhabituer au son de votre voix non-éditée, avec ses hésitations naturelles.
- Passer aux appels : Privilégiez les appels téléphoniques (sans vidéo) avec des personnes de confiance. Cela vous permet de vous concentrer sur le flux de la conversation sans la pression du regard.
- Interactions courtes : Pratiquez de courtes interactions en face-à-face dans des contextes à faible enjeu : demander un renseignement à un commerçant, échanger quelques mots avec un voisin.
- Célébrer l’imperfection : Lorsque vous bafouillez ou cherchez un mot, ne le voyez pas comme un échec mais comme un signe d’engagement. Souriez-en, cela dédramatise la situation pour vous et votre interlocuteur.
- Se lancer un défi : Choisissez une interaction que vous feriez normalement par texte (ex: prendre des nouvelles d’un ami) et forcez-vous à la faire par un court appel.
Comment imposer gentiment une règle « téléphones au panier » lors de vos dîners ?
Le « phubbing » – le fait d’ignorer quelqu’un en consultant son téléphone – est devenu si courant qu’on n’y prête presque plus attention. Pourtant, ses effets sont dévastateurs pour la dynamique d’un groupe. Chaque fois qu’une personne se plonge dans son écran, elle envoie un message clair aux autres : « ce qui se passe ici est moins important que ce qui se passe dans cette boîte ». Ce geste, même inconscient, crée une micro-rupture, un signal de désengagement qui brise la bulle de convivialité. À un niveau plus profond, des recherches en neurosciences montrent que le cerveau interprète le phubbing comme un micro-rejet social, activant des zones similaires à celles de la douleur physique.
Proposer une pause numérique lors d’un dîner n’est donc pas une lubie de « technophobe », mais un acte de protection de la qualité du lien social. La clé pour instaurer cette règle sans créer de conflit est de l’aborder non pas comme une interdiction, mais comme une invitation collective. Il ne s’agit pas de juger l’usage que les autres font de leur téléphone, mais d’exprimer son propre besoin de connexion authentique et de proposer aux autres de partager cette expérience. Le timing et la formulation sont essentiels : il est préférable d’en parler en amont ou au tout début du repas, de manière légère et positive.
L’idée du « panier à téléphones » ou de la « pile de téléphones » au centre de la table est excellente car elle gamifie le concept. Elle transforme une contrainte potentielle en un jeu collaboratif où tout le monde est sur un pied d’égalité. L’important est de présenter la démarche sous l’angle du bénéfice partagé : « Et si, juste pour ce soir, on s’offrait le luxe d’être 100% ensemble ? ». En cadrant la demande de cette manière, on passe d’une critique implicite à une proposition de valeur ajoutée pour le groupe, ce qui augmente considérablement les chances qu’elle soit accueillie avec enthousiasme.
Pour choisir la meilleure manière de présenter cette idée, il est utile de comparer différentes approches de communication. Le tableau suivant présente des formulations inspirées de techniques comme la Communication Non-Violente, pour trouver celle qui correspond le mieux à votre style et à votre groupe d’amis.
| Approche | Formulation | Avantages |
|---|---|---|
| Communication non-violente | ‘Je sens que pour vraiment profiter de ce moment avec vous, j’ai besoin de me déconnecter’ | Met l’accent sur les besoins personnels sans jugement |
| Gamification | ‘Et si on faisait la pile de téléphones ? Le premier qui craque paie le dessert !’ | Transforme la contrainte en jeu collectif |
| Bénéfice mutuel | ‘Que diriez-vous si on mettait nos portables de côté pour être vraiment présents ?’ | Souligne l’intérêt partagé de la déconnexion |
Pourquoi l’absence de rencontres sociales accélère-t-elle le vieillissement cérébral après 50 ans ?
L’adage « mieux vaut être seul que mal accompagné » a ses limites, surtout d’un point de vue neurologique. Si les relations toxiques sont évidemment à fuir, l’isolement social chronique, même choisi, représente un facteur de risque majeur pour la santé de notre cerveau, particulièrement après 50 ans. Les interactions sociales de qualité ne sont pas un simple passe-temps ; elles sont un exercice cérébral complet. Elles sollicitent simultanément la mémoire (se souvenir des détails d’une vie), l’attention, le langage, le raisonnement et la capacité à décoder les émotions. Priver le cerveau de cette stimulation régulière, c’est le mettre en sous-régime, ce qui peut accélérer son vieillissement.
Des études de grande ampleur ont établi un lien direct et alarmant entre l’isolement social et le déclin cognitif. La solitude chronique n’est pas seulement une source de tristesse, elle agit comme un stress de bas niveau constant qui affecte la structure même du cerveau. Les chercheurs ont observé que l’isolement prolongé peut entraîner une réduction du volume de matière grise dans des zones cruciales pour la mémoire et la prise de décision, comme l’hippocampe et le cortex préfrontal. Ce phénomène affaiblit ce que l’on nomme la « réserve cognitive », c’est-à-dire la capacité du cerveau à résister aux dommages causés par l’âge ou la maladie.
Les chiffres sont sans appel. Une étude américaine majeure a révélé une augmentation de 60% du risque de démence chez les personnes âgées souffrant de solitude chronique. L’isolement social est désormais considéré comme un facteur de risque pour la maladie d’Alzheimer aussi important que l’hypertension ou le manque d’exercice physique. Maintenir un réseau social actif n’est donc pas une question de popularité, mais une stratégie de prévention essentielle pour la santé cérébrale à long terme.
L’impact de l’isolement sur la structure cérébrale
Une analyse croisée de plusieurs études, dont celles de l’Université de Pennsylvanie et de la UK Biobank, a confirmé que l’isolement social modifie physiquement le cerveau. Chez les seniors isolés, les régions cérébrales liées à la mémoire et aux émotions montrent des altérations structurelles. Ces changements sont corrélés à une augmentation de 31% du risque de développer la maladie d’Alzheimer. L’analyse de la UK Biobank, portant sur une vaste cohorte, a identifié que la réduction du volume de matière grise chez les personnes isolées accroît le risque global de démence de 26%. Ces données placent l’isolement social au même niveau que des facteurs de risque biologiques bien connus.
Pourquoi consulter l’appli une seule fois par jour augmente-t-il la qualité de vos échanges ?
Les applications de rencontre sont conçues sur un modèle qui favorise la quantité plutôt que la qualité. Le « défilement infini » et les algorithmes de recommandation sont pensés pour capter notre attention le plus longtemps possible, créant un cycle de recherche constant et une illusion d’abondance. Cette sur-sollicitation a un coût cognitif : la fatigue décisionnelle. À force de « swiper » des dizaines, voire des centaines de profils, notre capacité à évaluer, à ressentir et à nous investir diminue. Chaque profil devient une simple carte dans un jeu, et non plus un être humain potentiel. Cette approche de « consommation » de profils mène inévitablement à des échanges superficiels et à un sentiment d’épuisement.
Rompre ce cycle passe par un changement radical de paradigme : passer d’une consultation compulsive à une consultation intentionnelle. Se limiter à une seule session de 15 à 20 minutes par jour transforme complètement l’expérience. Cette contrainte volontaire nous force à être plus sélectifs et plus investis. Au lieu de swiper mécaniquement, nous prenons le temps de lire les descriptions, d’analyser les photos, de réfléchir à ce que nous recherchons vraiment. La rareté créée par cette limite de temps redonne de la valeur à chaque profil et à chaque « match ».
Cette discipline a un effet direct sur la qualité des messages que nous envoyons. Quand on ne se concentre que sur deux ou trois profils par jour, on est plus enclin à rédiger un message personnalisé et réfléchi plutôt qu’un « salut, ça va ? » générique. Cet effort initial est perçu par l’interlocuteur et augmente drastiquement les chances d’obtenir une réponse engagée. Le but n’est plus d’accumuler les matchs, mais d’initier de véritables conversations. C’est un principe de « moins mais mieux » qui permet de sortir de la logique de jeu pour entrer dans une logique de rencontre authentique. Le but ultime étant de passer du virtuel au réel, cette approche qualitative facilite la proposition d’une rencontre en personne après quelques échanges de qualité.
Pour mettre en place cette stratégie, il faut un cadre clair :
- Définir un moment précis dans la journée dédié à l’application (par exemple, 18h en rentrant du travail).
- Utiliser un minuteur pour ne pas dépasser la durée fixée (15-20 minutes).
- Se concentrer sur un nombre très limité de profils (2-3 maximum) pour chaque session.
- Privilégier l’envoi d’un seul message de qualité plutôt que dix messages génériques.
- Après 3-4 échanges significatifs, ne pas hésiter à proposer une rencontre réelle pour ne pas laisser la conversation s’enliser dans le virtuel.
À retenir
- Le contact physique n’est pas un bonus social, c’est un besoin biologique qui active des circuits neuronaux (ocytocine, fibres C-tactiles) que le virtuel ne peut solliciter.
- L’isolement social n’est pas seulement une source de mal-être, mais un facteur de risque tangible qui accélère le vieillissement cérébral et augmente les risques de démence.
- Des rituels simples comme les dîners sans téléphone, une consultation limitée des applis ou le fait de privilégier l’oral au texte sont des stratégies concrètes pour restaurer une « hygiène sociale » saine.
Pourquoi votre cerveau a besoin de 3 interactions sociales de qualité par semaine pour rester sain ?
Maintenant que nous avons exploré les mécanismes biologiques et psychologiques qui rendent les rencontres physiques si cruciales, une question pratique se pose : quelle est la « dose » minimale pour maintenir notre cerveau social en bonne santé ? S’il n’existe pas de chiffre magique universel, les recherches sur la plasticité cérébrale et le bien-être convergent vers une idée de régularité. Tout comme pour l’exercice physique, ce n’est pas l’intensité d’une seule interaction qui compte, mais la fréquence et la constance des stimulations. Une interaction sociale de qualité, même brève, répétée plusieurs fois par semaine, est plus bénéfique qu’une grande fête une fois par mois.
Le chiffre de trois interactions de qualité par semaine peut servir de repère utile. Pourquoi trois ? Cette fréquence semble être un seuil efficace pour empêcher le cerveau de se « désentraîner » socialement. Elle permet de maintenir actifs les circuits neuronaux de l’empathie, de la théorie de l’esprit (la capacité à comprendre les intentions des autres) et de la régulation émotionnelle. Une régularité tri-hebdomadaire crée un cercle vertueux : chaque interaction réussie réduit l’anxiété liée à la suivante, rendant les contacts sociaux de plus en plus faciles et désirables. En dessous de ce seuil, le risque est de retomber dans un schéma d’évitement où chaque nouvelle interaction demande un effort plus important.
Le contexte global de la santé mentale, notamment chez les seniors, renforce cette idée. L’Organisation Mondiale de la Santé souligne que l’isolement est un problème majeur. En effet, les estimations sanitaires mondiales de 2021 montrent que 14,1% des personnes de 70 ans et plus vivent avec un trouble mental. Maintenir une « hygiène sociale » régulière n’est donc pas un luxe, mais une composante essentielle d’un mode de vie sain, au même titre qu’une alimentation équilibrée ou une activité physique. Chaque café partagé, chaque conversation profonde, chaque moment de rire sincère est un investissement direct dans notre capital neuronal et notre bien-être à long terme.
L’étape suivante n’est pas de jeter votre smartphone, mais de planifier consciemment votre prochaine interaction réelle. Prenez un instant pour penser à une personne que vous appréciez et que vous n’avez pas vue depuis longtemps. Proposez-lui un café, une promenade, un moment simple, mais entièrement présent. C’est le premier pas pour nourrir activement votre cerveau et votre âme.
Questions fréquentes sur l’importance des interactions sociales
Qu’est-ce qu’une ‘interaction de qualité’ exactement ?
Une interaction de qualité se définit moins par sa durée que par son contenu émotionnel. Elle implique une écoute active et réciproque, le partage d’une certaine vulnérabilité, la présence d’émotions partagées comme le rire, et surtout le sentiment d’être plus énergisé et compris après l’échange qu’avant. Selon l’OMS, l’isolement et la solitude, qui touchent environ un quart des personnes âgées, sont des facteurs de risque importants qui privent de ces interactions.
Pourquoi spécifiquement 3 interactions par semaine ?
Ce chiffre est un repère pragmatique plutôt qu’une règle scientifique absolue. La régularité tri-hebdomadaire permet au cerveau de maintenir ses « automatismes » sociaux, comme la capacité à prédire les réactions d’autrui et à s’y adapter. Cette fréquence régulière aide à réduire l’anxiété qui peut naître de l’anticipation d’un contact social après une longue période d’isolement, créant ainsi un cercle vertueux de confiance et de connexion sociale.
Est-ce que les interactions virtuelles comptent ?
Bien que les interactions en personne restent la référence en raison de la richesse de la communication non verbale et de l’impact du contact physique, les interactions virtuelles ont un rôle à jouer. L’OMS reconnaît l’importance de toutes les interventions visant à réduire l’isolement social. Un appel vidéo de qualité, où l’on est pleinement présent et attentif, est bien plus bénéfique que l’isolement total. Il doit cependant être vu comme un complément, et non un substitut, aux rencontres réelles.